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Traduit par Marie-Noëlle

May 9, 2008

Mais, pour aujourd'hui, je suis un garçon

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Photo par  wili_hybrid.

Il y a peu de choses plus terribles pour un parent que de maltraiter son enfant sans le vouloir. Il y a peu de chose plus traumatisantes pour un enfant que de se voir privé de quelque chose dont il a absolument besoin. Un psychologue de Toronto est dans la tourmente car il recommande des traitements controversés dont certains considèrent qu'ils correspondent exactement à ce dernier cas de figure.

Un terrible documentaire de la radio publique nationale (NPR) publié cette semaine raconte l'histoire de deux familles qui sont aux prises avec les questions d'identité de leur enfant. "Bradley" est un jeune garçon de Toronto suivi par un psychologue du centre de toxicomanie et de santé mentale Toronto (ex "Clarke institute") le Dr. Ken Zucker, alors que Jonah vit aux Etats-Unis sur la côte ouest et il est suivi par le Dr. Diane Ehrensaft. Ces deux enfants sont nées avec une apparence masculine mais ont probablement une identité de genre atypique. Pour autant, la réaction des deux thérapeutes ne pourrait pas être plus différente. Jonah est respecté et il peut vivre comme une fille, selon ses voeux, alors que Bradley se voit forcé de rejeter tout ce qui de près ou de loin pourrait être féminin, dans une tentative d'éradiquer son désir.

Les personnes dites "à l'identité de genre atypiques" ont un conflit d'identité entre leur cerveau et leur corps - ce qui correspond au traditionnel "piégé-e dans le corps d'un-e autre" - certaines d'entre elles peuvent même ressentir que leur véritable identité ne correspond pas à la dichotomie habituelle entre "être une femme" et "être un homme". Elle se trouve plutôt dans un continuum entre les deux sexes. C'est une simplification, mais les femmes transsexuelles et les hommes transsexuels tendent à se sentir bien mieux quand tous deux peuvent vivre dans un corps qui se rapproche de ce qui correspond à leur identité intérieure, même si ceci signifie qu'ils risquent d'être exclu-e-s, ridiculisé-e-s et violenté-e-s par la société. Dans le cas des enfants qui demandent aux adultes de prendre des décisions pour eux, la question de pose de savoir comment prendre en charge un conflit d'identité si tôt dans la vie, ou même de savoir s'il nécessite quelque prise en charge que ce soit.

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La mère de Bradley avait remarqué son attirance pour tout ce qui était féminin à partir de l'âge de 2 ans et demi. Le point de rupture a été dépassé quand, un jour, alors que quelqu'un le gardait et qu'il est rentré en sang de la place de jeu car il avait été attaqué par deux garçons de 10 ans qui ne supportaient pas de le voir jouer avec une poupée barbie. Sa mère reçu l'adresse du Dr K. Zucker, un thérapeute des plus controversés, pratiquant des "thérapies dites de conversion" sur des enfants à l'identité de genre atypique. Il a évalué Bradley pendant plusieurs mois et il a abouti à un diagnostic de trouble de l'identité de genre.

Le traitement proposé par le Dr Zucker pour ce trouble d'identité est problématique et brutal. Bradley qui a maintenant presque six ans, se voit non seulement refusé tout accès aux jouets de fille et refusé tout droit à affirmer son identité féminine, mais il ne pourrait même pas jouer avec des filles. Ses jouets favoris étaient des poupées, et sa mère s'est vue intimée l'ordre de les lui retirer. Quand il dessine des princesses et qu'il utilisait toutes les couleurs de l'arc en ciel, il reçoit l'ordre de dessiner des garçons à la place. Lr Dr Zucker a averti sa mère que son enfant risque d'être rejeté tant par les groupes de garçon que de filles quand il va prendre de l'age si on ne réussit pas à faire en sorte qu'il soit à l'aise avec son apparence biologique masculine.

Le but ultime pour le Dr Zucker et pour la famille de Bradely est de toute évidence bien intentionné: tout faire pour lui éviter de devenir un exclu de la société. Les effets collatéraux sont cependant que cet enfant se voit intimé l'ordre de dénier ses propres sentiments et de combattre ce qu'il ressent naturellement, avec la conséquence que le bonheur de cet enfant est sacrifié au confort de tous les autres.  Ceci pose la question de savoir ce que la société trouve de plus problématique - entre un enfant qui ne désire que vivre dans un genre opposé, ou des garçons d'à peine 10 ans répandant un ordre sanglant sur la place de jeu? Face à ce choix, il semblerait que la plupart des parents préfèreraient soient des brutes.

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Dans le même temps, Jonah faisait preuve des mêmes désirs que Bradley, étant beaucoup plus attiré par des choses considérées comme plus féminines et s'identifiant comme une fille. tout comme celle de Bradley, la famille de Jonah était paralysée et décontenancée par le comportement de leur enfant, sans plus aucun cadre de référence pour faire face à ce cas de figure. Arrive une spécialiste des questions d'identité de genre, la dresse Diana Ehrensaft, qui a suivi environ soixante familles avec des enfants à l'identité de genre atypique et qui ne considère pas que les conflits d'identité comme quelque chose de négatif. Elle considère que tant que Jonah ne vit ni angoisse ni dépression, il n'a aucun besoin de thérapie. Elle considère également que les traitements coercitifs sont inefficaces et contre-productifs de la même manière que les "thérapies" de conversion sont destructives pour les personnes homosexuelles (l'association américaine des psychiatres, entre autres organisations de référence, a publiquement affirmé que ces soi-disant "thérapies" de conversion des personnes homosexuelles sont éthiquement inacceptables, et que l'homosexualité est tout simplement une variation du de la sexualité humaine, pas une pathologie).

Jonah est maintenant appelé Jona, ses parents s'adressent à elle comme à une fille et ces derniers constante qu'elle est à l'aise, heureuse et qu'elle grandit bien.

La dresse Ehrensaft ne pose pas un diagnostic de trouble de l'identité de genre à la légère. Elle indique que ce dernier est posé de manière extrêmement précautionneuse, mais que les enfants avec ce genre de question d'identité arrivent naturellement et que la signification de cette question sur leur identité est très variable selon les cas. Le Dr Zucker n'est pas d'accord. il considère qu'un enfant qui s'identifie dans le sexe biologique opposé est comme un enfant noir qui se considèrerait comme un blanc - autrement dit, il est atteint d'une maladie mentale. Avec environ 80 enfants en "attente" de traitement, le Dr Zucker n'est de toute évidence pas le seul à penser que le trouble de l'identité de genre est une maladie qui peut être traitée et guérie.

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La prise en charge de Bradley semble un échec, ce qui n'est pas vraiment une surprise. Quand les jouets masculins ont été substitués à se poupées, il a choisi de cesser de jouer. Selon sa mère il est retiré, dépressif et il a beaucoup de mal à résister aux jouets de fille et à la couleur rose. Selon le Dr Zucker, cela pourrait être encore plus dur pour lui de vivre dans la société dans un genre opposé que de tenter de continuer à vivre comme un homme. Status quo, d'un côté il y a les garçons, de l'autre il y a les filles.

Il est évident que personne n'affirme que la vie n'est facile pour une personne ouvertement à l'identité de genre atypique. La discrimination sur le marché de l'emploi est partout et les personnes à l'identité de genre atypiques sont une cible facile de moqueries publiques, elles peuvent être traitées comme des animaux de foire, considérées comme des fétiches sexuels et subir toutes formes d'aliénation et de violence. Mais, leur identité est si profondément implantée en elles et si importante que la plupart des personnes à l'identité de genre atypiques sont prêtes à accepter ces risques si cela leur permet de mettre leurs corps et leur vie en  harmonie avec leur esprit.

De nombreux experts pensent maintenant que le fait de permettre à l'enfant de construire son identité dans un environnement respectueux de qui il est vraiment pourrait éviter l'essentiel des problèmes que les personnes à l'identité de genre atypiques doivent affronter. Les personnes comme K. Zucker pensent que cela a pour conséquence de créer plus de personnes à l'identité de genre atypique alors qu'il y en aurait moins en ayant une autre politique. Comme la société n'accepte pas cela (selon lui), c'est un problème qui doit être évité autant que possible, ce qui justifie de réagir aussitôt que possible dès qu'un enfant manifeste sa différence. Cette opinion est source de maltraitances, elle établit aussi en norme les comportements brutaux qui ont été décrits précédemment et elle démonise tout jouet et tout jeu ne se conformant pas à une séparation des genres très étroite. Elle démonise également tout jeu de rôle aussi innocent soit-il. Si de telles impulsions ne peuvent pas être étouffées ou interdites, alors l'ostracisme, la moquerie et la violence finissent par faire partie du "traitement".

Un enfant qui semble avoir une identité de genre atypique est de toute évidence un défi important et des parents bien intentionnés sont déchirés entre de multiples idéologies et entre des approches disparates. De plus, les parents peuvent avoir une compréhension inadéquate de ce qui peut véritablement être le signe d'un enfant différent par rapport à ce qui correspond à l'évolution normale d'un esprit curieux en train de grandir.

La nécessité de protéger son enfant des réactions de la société est forte, mais il en va tout autant du besoin de l'enfant d'être heureux et de développer une image positive de lui-même. Ce que cette émission de la NPR montre, c'est que deux traitements bien différents ont des résultats bien différents: l'un a pour résultat un enfant en pleine vitalité et une compréhension renouvelée de toute sa famille. L'autre donne lieu à un garçon qui s'étiole, qui ne veut pas être un garçon et qui vit une enfance torturée et tourmentée. Lequel des deux semble le plus sain?

 

Middle photos by Marc Lostracco; bottom photo by fffriendly

By Marc Lostracco in Culture

 

 

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